Articles de Michel Delage

Être un animateur du jeu 55 ICÔNES

photo_novembre2015Qu’est-ce que le jeu 55 ICÔNES ?

Le jeu 55 ICÔNES contient un nombre fini d’images (55) de caractère archétypal (icônes) structurées à l’intérieur d’une interface de jeu circulaire. Le jeu rassemble des archétypes de plusieurs cultures ou, si vous voulez, plusieurs images primitives pouvant aider à construire nos images mentales.

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Le mal-être

Symptôme d’une mutation sociale et planétaire

etre_imageIl est normal que la détérioration de l’environnement, incluant les catastrophes naturelles, les ratés de nos différents systèmes politiques, les conflits entre les classes sociales comme les guerres de religions accélèrent les transformations d’ordre social. Le mal-être ne date pas de notre ère technologique et de ses outils « intelligents » qui nous font oublier le contact essentiel avec nous-mêmes, car ces transformations se répètent de manière cyclique depuis des centaines sinon des milliers d’années. Elle montre que les mutations d’ordre social et planétaire influencent inévitablement les états psychologiques des individus au point de créer une sorte d’insécurité récurrente. Pourtant cette insécurité pourrait devenir une occasion de synchroniser l’évolution de la société avec celle des individus et vice versa. Le mal-être existentiel actuel chez la population pourrait provoquer une prise de conscience quant à l’urgence d’évoluer personnellement ou, du moins, de faire évoluer la société. Continuer la lecture de « Le mal-être »

À homme déséquilibré, chien fou : L’obéissance à son maître

Chien fou 2Pour la première fois dans ma vie, j’ai rencontré un chien fou pendant mes vacances.

Il est connu que beaucoup de chiens sont des dépendants affectifs, que certains sont également jaloux et veulent dominer en mordant les mâles qui semblent leur faire ombrage. Ce dernier comportement de domination du chien peut être accentué par un dressage à  l’attaque dans le but de protéger le maître et son territoire. Le chien dont j’ai fait la connaissance avait tellement été corrigé qu’il en était devenu « fou ». Sa folie se manifestait par des épisodes d’angoisse canine. Pour en diminuer l’intensité, il fallait lui donner une couverture contre laquelle il pouvait s’acharner, comme si elle personnifiait la victime toute désignée de sa rage de mordre un attaquant imaginaire. Le chien avait un comportement tellement imprévisible que la relation avec les personnes et les autres chiens était problématique. Son énergie, définitivement mal canalisée, l’amenait à tourner sur lui-même et à courir après sa queue pour mordiller quelque chose qui bouge. Le pauvre chien, du haut de ses 2 ans, était psychologiquement contaminé par une éducation à la dure, où les punitions quotidiennes étaient ses références relationnelles. Continuer la lecture de « À homme déséquilibré, chien fou : L’obéissance à son maître »

La vie, principe universel et éternel

images soleilLe vivant*, défini d’une façon philosophique, métaphysique, spirituelle ou scientifique, comprend une multitude de dimensions où se déploient différents ordres de grandeur dans le même espace-temps. Ce qu’on appelle Vie est en soi un principe animateur universel. Tout ce qui est vivant forme sa propre substance à partir de celle qu’il puise dans son environnement et reproduit ce même principe de contraction pulsante et rayonnante entraînant automatiquement la production de plusieurs cycles de composition. Comme la vie dépasse de beaucoup le cadre de ses manifestations physiques, elle semble avoir une durée qui frise l’éternité dans le simple fait de garder intact ce principe de centre pulsant et rayonnant dans l’infiniment petit, l’infiniment grand et l’infiniment en mouvement. Continuer la lecture de « La vie, principe universel et éternel »

Ave César, ceux qui vont mourir te saluent !

Untitled1La politique  de «faire mourir» pour «faire vivre»

Le mâle dominant, chez certains mammifères, est celui qui est prêt à tuer ses rivaux pour garder une mainmise sur ses femelles. De ce comportement agressif, il résulte que le plus fort l’emporte toujours sur le plus faible, mettant de l’avant cette loi cruelle de la survie de l’espèce où seulement les plus combatifs auront le droit de se reproduire. Chez les êtres humains, c’est le « faire mourir » pour « faire vivre » qui persiste à travers les politiques de développement, lesquelles sont assez proches de l’instinct animal.

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Les archétypes : Une interface de transfert pour notre équilibre psychique

32 les archétypesRéflexions sur les archétypes avec des citations de WIKIPÉDIA

  1. Une tradition philosophique définissant des principes constitutifs
  2. Une preuve de l’existence d’une mémoire collective
  3. Une structure de représentation universelle faisant office d’interface de transfert
  4. Un champ de signification pour l’imaginaire humain

1-    Pour Platon, le monde intelligible (le monde réel, des hommes et de leurs perceptions) n’est que le reflet d’un monde idéal, formé de pures idées. Il s’agit de la théorie des idées platonicienne, que le philosophe Plotin, fondateur de l’École néoplatonicienne de Rome, reprend et développe, et qui a beaucoup inspiré Jung. Le philosophe grec Xénocrate donne cette définition de l’« Idée » ou « Forme intelligible » selon Platon : « L’Idée est la cause qui sert de modèle aux objets dont la constitution est inscrite de toute éternité dans la nature ». En réalité, le concept est utilisé dès avant Platon, par les présocratiques, qui mettent en avant des principes constitutifs des phénomènes, les archè en grec ancien (traduit souvent par les « principes »). Wikipédia

Les phénomènes perçus peuvent être traduits en principes constitutifs liés à plusieurs idées, lesquelles peuvent se simplifier en signaux électriques, magnétiques ou calorifiques, transférables en représentations symboliques archétypales (images primitives). 

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2-    Le concept d’« archétype » chez Jung est intimement dépendant de celui, tout aussi novateur, d’inconscient collectif. Jung fut le premier à postuler, en psychologie et psychanalyse, l’existence d’un inconscient commun à tous les hommes, et se retrouvant dans les mythes et dans les productions de l’humanité. En soi, l’archétype est une image originelle qui existe dans l’inconscient, mais qui n’est pas issue de l’expérience personnelle. L’archétype en lui-même est une énergie probablement indépendante de l’esprit humain, de nature transcendante, et qui possède la particularité d’être un élément de transformation.  Wikipédia

 Les êtres humains ont hérité d’un bagage génétique et magnétique mais aussi d’une mémoire collective permettant de faire vivre des transformations d’ordre psychique au niveau social et personnel. Les images mentales utilisées pour la construction de nos mythes et de nos histoires racontées servent souvent de cadres mnémotechniques pour réactualiser le sens de notre évolution et enrichir la qualité de notre conscience face à notre environnement. 

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1-    « Les archétypes sont les formes instinctives de représentation mentale ». Jung pense ainsi que les archétypes sont issus des instincts les plus anciens de la bio-psychologie humaine, et qu’ils ressortent de la phylogénèse* du vivant, conditionnant les représentations.  Wikipédia

 Nos patterns comportementaux et relationnels sont issus d’une bio-psychologie humaine. Leurs représentations imagées servent d’interface entre le développement électrique, magnétique et chimique de notre corps et nos interactions avec notre environnement. 

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1-    Murray Stein, dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse (2005), résume ainsi le concept jungien d’archétype : « [L’archétype] est chargé de coordonner et d’organiser l’équilibre homéostatique de la psyché ainsi que ses programmes de développement et de maturation. Un des archétypes, le Soi, est au centre de cette coordination de l’ensemble de la dynamique psychique auquel il donne son ossature. L’archétype lui-même n’est pas directement accessible à l’expérience ; seules ses images et les schèmes créés par lui deviennent manifestes et perceptibles par la psyché. La quantité et la variété de ces images archétypiques sont virtuellement sans limites. On trouve ces schèmes universels inscrits dans les mythes, dans les symboles et les idées des diverses religions, et transmis dans les expériences numineuses*; ils sont souvent représentés aussi dans des rêves symboliques et appréhendés dans les états de conscience altérés.  Wikipédia

 La représentation archétypale aide à fixer en images autant le sens sacré de la vie que la mouvance de notre identité nationale. Cette dimension symbolique nous permet de schématiser les multiples niveaux de notre condition humaine et d’établir un équilibre à la fois psychologique, psychique et spirituel.

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article_42-    L’archétype est donc une somme et une complexion (un schème) d’énergie psychique et c’est de cette nature qu’il tire son ascendance sur la psyché. Au fur et à mesure du développement des représentations mentales, et au fil des temps, les archétypes se stratifient et organisent l’appareil psychique. Pour Jung, ce processus est naturel dans le sens où il est programmé dans le vivant et s’apparente à la croissance des plantes. Jung ajoute, dans Types psychologiques, qu’ils sont « une forme symbolique qui entre en fonction partout où n’existe encore aucun concept conscient », c’est pourquoi la forme même de l’archétype est impossible à représenter : la conscience en perçoit seulement les manifestations à travers le filtre de la culture, principalement les motifs mythologiques ou les émotions numineuses dans les rêves.  Wikipédia

 La conscience de la relation entre les faits extérieurs et les divers développements intérieurs issus de notre corps et de notre esprit cherche à se manifester dans un langage simple. Nous nous inventons des images qui peuvent en réfléchir le degré d’évolution afin de raffiner une structure de représentation.  

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3-    Représentant des thèmes universels, à la source de toute interrogation humaine sur son devenir ou sa nature, tous les archétypes forment en effet un « champ de significations » (un peu comme les électrons existent au sein d’un champ physique) regroupant la totalité des représentations humaines.

Wikipédia

Au départ, le « sens de la réalité » n’est jamais personnel, car il fait partie d’un champ de connaissances collectif signifiant pour toutes les sociétés. Ce champ de significations ressemble à nos nuages informatiques modernes où les humains  puisent de l’information à la fois structurante et inspirante, convaincus que le nuage fera partie intégrante de la mémoire individuelle et collective.

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article_6–       « Les archétypes sont donc doués d’une initiative propre et d’une énergie spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui leur est propre, une interprétation chargée de sens, et intervenir dans une situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées. À cet égard, ils fonctionnent comme des complexes. Ils vont et viennent à leur guise, et souvent, ils s’opposent à nos intentions conscientes ou les modifient de la façon la plus embarrassante. On peut percevoir l’énergie spécifique des archétypes lorsque l’on a l’occasion d’apprécier la fascination qu’ils exercent. Ils semblent jeter un sort. » 

Notre inconscient collectif possède un bagage mnémonique qui réactualise et réorganise notre structure mentale en transférant nos idées et nos croyances dans des ancrages visuels abstraits. Notre inconscient collectif reconnaît instantanément les images qui sont propices à la construction de notre équilibre psychique. 

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Représentation symbolique d’un système d’images abstraites capable de transposer l’équilibre psychique en un nombre fini de variation

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 *Numineux :

Adjectif masculin invariant en nombre qui présente à l’expérience humaine le caractère sacré

Nom masculin invariant en nombre élément qui permet à un être, une chose d’avoir un lien avec le sacré

*phylogenèse :

Initialement, la phylogenèse exprimait sous une forme graphique les relations de parenté (la « généalogie » au sens de Charles Darwin entre les espèces d’un groupe donné. Elle reposait généralement sur l’analyse des caractères des espèces actuelles. Par la suite, la découverte d’un nombre croissant d’espèces fossiles a permis de compléter les phylogenèses par des données paléontologiques. L’expression graphique (sous forme d’un arbre phylogénétique) d’une phylogenèse accordait, jusque dans les années 1970, une large part à l’intuition et aux opinions des auteurs. Jetant les bases de la systématique phylogénétique en créant le cladisme l’entomologiste allemand Willi Hennig (1913-1976) a, dès 1950, fait entrer la construction des phylogenèses dans le domaine de la science.

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/phylogen%C3%A8se/79490#ZrlETPc3gI6v2rkw.99

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Évoluer par l’image

évoluer par l'imageLa question peut sembler naïve, mais, depuis l’affaire Charlie Hebdo avons-nous plus conscience de l’importance des images que nous véhiculons pour définir qui nous sommes ?

Les caricatures plus ou moins grotesques de Charlie Hebdo comme les vidéos de l’état islamique tranchant des gorges et détruisant leur propre culture en mettant en pièces des sculptures anciennes nous prouvent encore que l’utilisation des images pour exprimer des idées, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, est une composante essentielle dans l’organisation de notre psyché. Les deux groupes se répondent comme un miroir grossissant, où chacun montre par l’image jusqu’où il peut aller dans son droit à l’expression afin de revendiquer haut et fort sa « façon de penser ». Bien sûr, provoquer le rire par l’absurde et la satire n’est pas comparable à provoquer l’horreur par le meurtre en direct. Par contre, il y a un dénominateur commun entre ces deux groupes qui s’affrontent dans l’arène de la morale, de la liberté d’expression et de la censure religieuse : l’utilisation de l’image.

Notre langage imagé s’enrichit de jour en jour par un nombre effarant d’icônes et de nouveaux symboles que le monde informatique invente au fur et à mesure qu’il crée de nouvelles plateformes et de nouvelles applications. L’image vidéo, quant à elle, est maintenant un mode de communication si populaire qu’elle devient presque incontournable quand il s’agit d’expliquer, de définir, de montrer, de simuler et même d’analyser une situation ou un développement social. Dans le secteur du commerce, on répète continuellement qu’il faut soigner son image de marque et travailler son image auprès de sa clientèle cible. Que ce soit l’image d’un produit, du président, de l’entreprise et de ses employés, l’image est au menu de la communication comme si elle était à la fois la source de tous les développements et la finalité de toutes les réalisations.

Si nous remontons aussi loin que la préhistoire, le souci de traduire en images une façon de vivre et de survivre remonte à plus de 35 000 ans avant J. C. Les peintures rupestres et les talismans abstraits en os d’animaux étaient des aide-mémoire visuels et ont participé à la création de notre mémoire collective. Qu’importe si nous avons la bonne interprétation ou non de ces œuvres d’art préhistoriques, elles existent d’abord et avant tout comme des témoins, à l’égal d’une série de photos instantanées, de la vie d’êtres humains ayant sacralisé en images leur façon d’imaginer la réalité. Même l’effort que ces hommes et femmes préhistoriques ont pu faire pour trouver des matériaux et une technique appropriée pour fixer ces images d’animaux sur les parois glissantes d’une grotte sombre et humide révèlent en soi la conscience aiguë de l’image comme porteuse de messages intemporels.

Nous avons sacralisé les images du passé avant même de les comprendre. Nous avons des préférences pour certaines images parce qu’elles vivent en nous ou encore parce qu’elles sont signifiantes pour notre propre culture. Nous devons reconnaître que les images sont essentielles à notre développement psychique, car elles sont des portails qui donnent un sens à la complexité de notre développement humain.

Le réflexe de mettre en images ce qu’ont essaie de comprendre de notre condition humaine est une façon de visualiser SON humanité et surtout de s’approprier SON niveau d’interprétation d’un langage qui est devenu de plus en plus abstrait avec le temps. Ce qui semble nous échapper dans des moments où il faut, malgré tout, chercher à évoluer, c’est que nous sommes des êtres se nourrissant d’abstraction pour mieux embrasser mentalement plusieurs niveaux de réalité à la fois. Et, l’image, même figurative, offre un terrain propice à un deuxième, sinon un troisième niveau d’interprétation, selon ses principes, ses croyances et les conventions de sa culture. Même s’il n’est pas facile de comprendre le langage imagé d’une autre culture ou religion, il faut quand même considérer que tous les signes et symboles sont d’origine humaine.

Ne l’oublions pas, nous sommes les seuls êtres vivants sur cette planète à utiliser des images pour communiquer, nous avons donc l’occasion d’utiliser un lieu commun « abstrait » qui pourrait nous réunir et accélérer notre évolution. L’image et sa valeur symbolique sont un fabuleux laboratoire pour organiser notre développement à des niveaux encore insoupçonnés, ce qui nous donne la chance de prendre du recul face à une réalité que l’on perçoit de plus en plus comme planétaire, voire infinie.

Créer de la poésie, saisir la dimension mathématique, entrer dans le monde subatomique, générer de nouvelles visions politiques, percer le mystère des astres et même découvrir un lien spirituel qui relierait toutes ces multiples dimensions peut certainement nous entrainer dans une dérive de sens, mais ces exercices de pensée nous rendent aussi extrêmement intelligents et connectés avec notre dimension symbolique.

Michel Delage signature_blocs_couleurs

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L’humanité possède-t-elle une bonne santé psychologique ?

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Pour que l’humanité atteigne une certaine maturité, il faut du temps et il ne faut pas que ce temps soit essentiellement dévolu à la recherche du pain quotidien. Les humains ont la chance de dépasser l’état de survie, car nous avons imaginé, et l’histoire le prouve, des milliers de solutions à des problèmes complexes autant dans le domaine de la production alimentaire, de la communication que des transports. Chaque fois, pour intégrer ces innovations, le climat social s’est adapté aux changements que cela imposait. Le train, l’avion, la télévision, l’ordinateur et le cellulaire ont bouleversé non seulement nos habitudes de vie mais notre mode de penser et, inévitablement, nos comportements psychologiques. Maintenant, ces objets sont parties prenantes de l’évolution de toutes les sociétés dans le monde et servent de dénominateur commun pour entrer plus facilement en communication. Notre imagination a réussi à dépasser les limites conceptuelles et idéologiques dans lesquelles nous étions temporairement enfermées pour nous faire découvrir comment il est possible de modifier nos modes de penser à des fins de cohésion sociale. Aujourd’hui, il est plus sensé d’essayer de comprendre le différences culturelles pour mieux vivre ensemble, de faire des échanges commerciaux avec des pays désirant profiter des nouvelles innovations et de mettre en place des politiques environnementales propices à protéger nos ressources mondiales que de s’entretuer pour un territoire, pour une croyance ou pour tirer profit du malheur des autres pays en augmentant les intérêts de leur dette nationale.

L’apprentissage d’une sagesse planétaire dirigée vers la coopération de tous les citoyens et l’arrêt complet de toute forme de guerre (sans condition) semble douloureux aux plus ambitieux, car la confrontation des plus forts est enracinée dans notre psyché comme la voie royale pour assurer la cohésion sociale et garder intacte cette idée que l’évolution est sans cesse associée à l’élimination de nos ennemis. Disons-le franchement, la guerre et ses multiples démonstrations de force créent une sorte de trou noir aspirant tout sur son passage, y compris leurs instigateurs. De même, il faut revoir cette fascination pour la vengeance et la punition divine comme une manière archaïque et dépassée d’entrer en relation pour affirmer son pouvoir.

Afin de découvrir notre extraordinaire humanité et sa capacité à se réinventer, il faut cesser d’entretenir l’idée que la bataille a encore du sens quand la planète est à feu et à sang, quand les ressources alimentaires se raréfient, quand le développement nous amène à tuer notre voisin et quand la richesse dont nous souhaitons profiter appartient uniquement à ceux et celles qui ont les moyens de la placer dans des comptes offshore. Le « bon » sens serait d’abandonner tranquillement l’idée que la confrontation à grande échelle nous permet d’évoluer.

Nous savons tous et toutes, dans notre for intérieur, comment faire la différence entre des relations gagnantes/gagnantes et celles qui nous dirigent tout droit à notre perte. Et, comme nous avons maintenant une grande facilité à partager une partie de notre vie avec des interlocuteurs de différents pays, grâce à la technologie de l’information, il serait souhaitable d’y voir une occasion d’imaginer comment les esprits belliqueux pourraient trouver du « sens » à s’entraider par delà leurs différences. Si nous utilisons notre imagination, comme nous l’avons fait pour inventer toutes sortes de nouveaux objets, nous pouvons aussi imaginer des solutions aux paradoxes et aux non-sens qui persistent dans notre façon de penser et qui entrainent tous ces actes de barbarie. Cette nouvelle révolution du sens commun devrait être axée sur la santé psychologique de l’humanité afin de nous permettre d’atteindre un nouveau stade d’évolution.

Michel Delage

  • « Le temps d’être généreux…et cohérent »     Mathieu Mireault, Le Devoir,  22 décembre 2014
  • « Le suicide plutôt que le viol pour les femmes enlevés par le groupe EI » Agence France-Presse ,  Le Devoir , 24 décembre 2014
  • « Des trésors détruits par la guerre »   Agence France-Presse,  Le Devoir, 24 décembre 2014
  • Grandeur et misère de l’esprit humain,  Éric Desrosiers, Le Devoir  4 janvier 2015

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Regarder son image dans les yeux des autres

Est-ce que 29- Regarder son image 2l’image que vous avez de vous-même est perçue de la même façon par votre environnement de travail, par vos proches ou vos parents ?

Reconnaissez-vous, dans le regard des autres, l’image que vous projetez en société?

S’exprimer est un besoin essentiel qui demande d’apprendre plusieurs types de langage en plus de véhiculer une  image de soi. Dans certains milieux où la communication est régie par des codes de conduite (l’armée, le monde juridique, le monde des affaires, la mode, etc.), il semble obligatoire de soigner son image et de pouvoir bien la connaître afin de s’affirmer dans l’environnement social choisi. Les images projetées, à l’intérieur d’un milieu de travail, sont souvent formatées par le rôle que nous acceptons, contribuant à façonner le monde dans lequel nous évoluons. Être un cadre, un subalterne ou un consultant teinte inévitablement la façon dont nous nous percevons. Pour chaque secteur d’activité, il existe des types « d’image de soi » véhiculant inévitablement des patterns comportementaux spécifiques (le guerrier, l’homme d’affaires, le mécène, l’intellectuel, le justicier, la victime, etc.). Faire la promotion de son image publique, c’est essayer de la retrouver chez les autres pour donner encore plus de sens à son effort quotidien.

Prenons, par exemple, le monde des affaires. Si l’objectif est de réussir des transactions, de sortir gagnant d’une négociation et d’investir dans des relations qui rapportent à court et à moyen termes, l’image de soi recherchée est celle d’une assurance hors de tout doute, d’une aisance à se présenter et d’une écoute sélective propice à reconnaître les occasions d’affaires. Ce milieu entretient plusieurs stéréotypes comportementaux et privilégie le mode compétitif pour recentrer la communication vers des résultats quantifiables, mesurables et comparables. Savoir s’exprimer en affaires, c’est d’abord connaître le langage de l’argent (money talk) en excluant systématiquement l’image du perdant ou de celui qui ne sait pas tirer son épingle du jeu. Les images de soi en affaires sont celles du prédateur, du dominant, du stratège, mais aussi, dans un souci d’équilibre, celles du mécène, du mentor, du sauveur et du rassembleur hors pair. Il y aurait également d’autres types « d’image de soi » qui permettaient de se réinventer dans le monde des affaires mais, malheureusement, le milieu semble  se regarder à travers le prisme de la compétition féroce dans lequel plusieurs s’engouffrent en prenant toujours les mêmes rôles.

Dans le même ordre d’idées, avec la nouvelle génération d’enfants rois, l’image de soi se confond souvent avec le regard des autres. Car, pour être roi ou reine de son milieu, il faut au moins avoir des admirateurs qui vous voient tels que vous vous voulez paraître. Les nouvelles stars d’un jour s’expriment non pas pour améliorer la qualité de leur communication ou pour enrichir un mode d’expression propice à la confidence, mais pour gagner l’approbation de leurs pairs et ainsi magnifier leur image sociale. Le dénominateur commun de ce mode d’expression : le pouvoir du moi. La préoccupation constante de son image devient ainsi le moteur de sa quête identitaire.  Il faut « prendre sa place » en s’affirmant le plus possible pour se  faire écouter et se faire valoir. La mode des Selfies en est un bon exemple, où l’on glorifie le «  je suis quelqu’un » avec le « regardez-moi » pour exister socialement. Il en résulte des vagues de photos diffusées sur les réseaux sociaux. Bizarrement, plusieurs se contentent des J’aime sur Facebook pour confirmer leur image de soi, d’une façon virtuelle, au lieu de privilégier des contacts plus directs et plus intimes pouvant remettre en question ces images de surface et surtout ce qu’elle sous-entend comme pauvreté relationnelle *. L’expression virtuelle de soi est une image instantanée qui devient une publicité égocentrique pour promouvoir ce que nous voulons que les autres admirent et non ce qu’ils pourraient découvrir sur notre véritable personnalité.

Est-il préjudiciable pour la construction de sa personnalité que l’image que les autres ont de nous ne corresponde pas à celle que nous essayons de projeter ? Pourquoi avons-nous besoin d’un catalogue d’images quand il s’agit de se représenter publiquement ? Peut-être parce que nous voulons que ces « images de soi » que nous adoptons nous regardent …

Michel Delage

* «La pauvreté relationnelle peut faire des ravages», Caroline Montpetit, Le Devoir, 15 décembre 2014

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«Faisons de la psychologie » entre nous : L’urgence de mieux se connaître

Nous s28 Faisons de la psychologie 2ommes dans un monde de spécialistes où, semble-t-il, le citoyen ne peut comprendre, faute de connaissances approfondies ou de formations scolaires appropriées, plusieurs concepts qui structurent notre société moderne. D’une façon insidieuse, une sorte d’étanchéité professionnelle s’est mise en place entre les spécialistes et les non spécialistes comme si certains domaines d’intérêt public tels que la santé, l’économie ou de la politique n’appartenaient plus qu’à ceux et celles qui possèdent un MBA ou un PH.D. Même la psychologie est réservée aux psychologues, taxant de « psychopop » toutes les formes d’approche qui ne sont pas approuvées par leur ordre professionnel. C’est à se demander si, entre nous, nous pouvons « faire de la psychologie » au quotidien sans être soi-même un psychologue, à l’exemple du citoyen qui désire « faire de la politique » sans nécessairement souhaiter devenir un politicien ou avoir un potager dans sa cour sans être agronome pour autant.

Pour ma part, je m’intéresse à la psychologie et aux troubles psychiques depuis 30 ans et, pour bien des psychologues, psychiatres et médecins spécialistes, je n’ai tout simplement aucune crédibilité, surtout si c’est pour proposer de nouvelles avenues à la santé psychologique en utilisant un jeu d’images projectives qui stimule l’imagination. Pire, une étiquette d’imposteur persiste aux yeux de ces professionnels qui m’écoutent comme si je ne pouvais absolument pas comprendre les comportements psychologiques, vu ma scolarité déficiente et mon manque de formation spécialisée. Pourtant, il y a tellement de non spécialistes qui accompagnent les déprimés et les malades mentaux, d’aidants naturels, que je ne saisis pas pourquoi on ne tient pas compte de leur expérience sous prétexte qu’ils ne sont pas encadrés par un ordre professionnel. Plus souvent qu’autrement, les gens en détresse se confient d’abord à des proches et à des collègues avant de consulter un professionnel de la santé. C’est donc dire que l’environnement social est primordial pour partager son vécu et évaluer son état de santé psychologique. Les psychologues, coachs et thérapeutes n’ont pas le monopole de l’accompagnement et il est parfois plus urgent de se sentir écouté et reconnu par un proche que de se faire analyser par un inconnu. De plus, ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de se payer une série de consultations. Comme nous avons tous le devoir de trouver une solution à notre propre déséquilibre mental et physique et que nous sommes tous en définitive des  « amateurs » en la matière, faut-il laisser tomber toute tentative de réflexion personnelle et d’introspection sur le sujet ? La vision du médecin ou du psychologue qui sait tout et qui peut tout guérir est, depuis longtemps, un mythe auquel certains osent croire encore de peur d’être obligés de s’attarder à leur santé et surtout à leur monde intérieur. Les professionnels de la santé sont « entrainés » à analyser un problème pour le classer et faire un diagnostic. Le modus operandi est de « régler le problème », mais, parfois, le problème, beaucoup plus complexe, touche plusieurs aspects de la personne, ce qui nécessite une période de réflexion et une implication personnelle soutenues.

Étant donné que la plupart des travailleurs du monde absorbent pendant toute leur vie professionnelle un stress psychologique énorme à cause des politiques de développement économique basées sur la performance et la compétition, que les citoyens sont aux prises avec un système de santé qui valorise la médication au lieu de la prévention, ce qui les rend doublement dépendants (et parfois ignorants) de leur état maladif, ceux-ci devraient participer à la résolution des problèmes reliés au stress psychologique. Certains patrons et PDG après être  tombés au front de la course au rendement et s’être relevés, peuvent plus facilement déceler, chez leurs employés, les signes avant-coureurs de la détresse qui sévit dans leur propre entreprise. Ces mêmes décideurs sont « redescendus sur terre » au niveau du simple employé pour mieux servir d’exemple et promouvoir la compassion, l’empathie et l’écoute active comme solution de première ligne.

N’oublions pas aussi que c’est toute la population qui assume, de plus en plus, le manque d’accessibilité aux soins de santé,* que ce soit à un médecin de famille ou à un spécialiste. Dans ce cas, ne nous gênons pas pour suggérer des solutions à des problèmes récurrents et ainsi participer collectivement au processus de guérison d’une société malade de ses objectifs et de son ambition de créer toujours plus de richesse sans tenir compte des dommages collatéraux psychologiques.

Si nous continuons à concevoir le développement et la résolution de problèmes sans remettre en question les comportements psychologiques qui régissent la plupart de nos interactions et la qualité de nos relations interpersonnelles, nous allons tous continuer à gérer des problèmes plutôt qu’évoluer. Alors commençons à « faire un peu de psychologie » avec nos collègues et nos amis sans attendre qu’un psychologue nous dise comment et pourquoi le faire. Nous sommes des humains qui avons surtout besoin de contacts avec d’autres êtres humains avant de tomber dans des grilles d’analyses toute faites de professionnels.

Faisons dès maintenant de la psychologie pour mieux nous connaître et, s’il le faut, inventons une nouvelle façon de nous comprendre, différente de celle enseignée à l’université, car notre monde change rapidement et nous avons tendance à revenir trop souvent aux mêmes vieux patterns.

Nous sommes intérieurement plus forts, inventifs et intelligents que nous le croyons. Partageons donc nos réflexions avec nos proches sur notre capacité à « rebondir », sur nos difficultés et nous serons surpris des conversations positives qui en résulteront. Apprenons de nos relations avec les autres pour nous enrichir de nos expériences mutuelles et nous donner une qualité de vie communautaire.

Michel Delage

* « Et le patient, dans tout ça ? » , Diane Lamarre, Le Devoir , 20 novembre 2014

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La fragilité psychologique et le jeu 55 icônes

Un psycho27-Fragilité psychologique 2logue, chercheur à l’université, me disait qu’il ne voulait pas utiliser le jeu 55 icônes parce qu’il était certain que ce jeu allait augmenter la fragilité psychologique de ceux et celles qui l’utiliseraient. Mais qu’entend-on vraiment par fragilité psychologique ? Comment un jeu d’images projectives comme 55 icônes, dont le but est de valoriser l’imagination de son utilisateur, pourrait le fragiliser psychologiquement ?

D’entrée de jeu, la fragilité psychologique ne semble pas être une notion scientifiquement bien définie. Les spécialistes en santé parlent de fragilité psychique reliée à différentes sortes de trouble (troubles anxieux, troubles dépressifs, troubles bipolaires, troubles addictifs, etc). La personne qui vit une épreuve difficile au niveau personnel, comme après un accident grave, une peine d’amour ou un échec professionnel, pourrait accentuer son trouble et se mettre dans un état de fragilité extrême. Cette fragilité qu’elle soit d’ordre psychique (perte de sens) ou psychologique (comportementale et relationnelle) déstabilise à bien des niveaux et donne l’impression à la personne d’être incomprise par son entourage au moment où elle en a le plus besoin. Glissant tranquillement vers un mal-être, cette même personne se sent souvent démunie et dépassée par une situation qui l’oblige à redéfinir ses repères.  Il y a ceux et celles, par exemple, qui sombrent dans un isolement intérieur au point de voir leur estime de soi tomber à plat sans pouvoir y remédier, ceux qui résistent et se révoltent en étant violents pour signaler à qui voudraient l’entendre leur désarroi et ceux qui «gèlent» sur place et s’agrippent à une petite bouée que l’on appelle péjorativement routine ou « rituels » sécurisants. Il y a autant de sortes de fragilité humaine qu’il y a de personnes affligées et leur origine est multifactorielle, donc inévitablement très complexe et difficile à fixer dans des catégories. Ajoutez à cela les codes de vie, les croyances et les traits culturels et l’origine de la fragilité est encore plus difficile à cerner.

Indépendamment de la gravité du malaise vécu, on peut toujours essayer de reconnaître comment cette fragilité est imaginée et perçue par les personnes concernées. La grille d’analyse objective d’un test psychométrique, par exemple, a tendance à « mettre en boîte » l’imagination alors que la subjectivité et le monde imaginaire sont souvent au centre du trouble et influencent la capacité de la personne à trouver des solutions à une problématique à plusieurs niveaux. Il est possible d’aborder la fragilité psychique et psychologique d’une façon logique et rationnelle, mais il faut également tenir compte de l’interprétation de son malaise par celui ou celle qui le vit.

Le jeu 55 icônes donne la possibilité de représenter, d’une façon symbolique, les états d’être complexes qui nous accablent et d’aller dans notre monde imaginaire pour trouver un nouvel angle de vue. L’objectif du jeu est de jouer avec son imagination et non de jouer avec la « maladie ». En regardant une image abstraite qu’elle a choisie, la personne raconte une petite histoire en répondant à la question Que voyez-vous dans cette image ? Par la suite, selon l’histoire racontée et surtout si elle le désire, elle répondra aux questions des autres participants ou de l’animateur sur son histoire (Pourquoi le dragon est-il bleu ? Pourquoi ne voit-on que le cou du cheval dans l’image ? Etc.). Le participant ne doit pas chercher une bonne réponse mais seulement à dire ce que l’image lui inspire. C’est grâce à son interprétation de l’image choisie que la réflexion, la discussion ou l’introspection s’amorcent. Le participant peut à tout moment arrêter son histoire, cesser de parler ou réinterpréter l’image sous un autre angle s’il en a envie. Celui ou celle qui l’accompagne ne doit jamais juger l’histoire ou la comparer avec son propre vécu. Chaque histoire est unique et fait office de courroie de transmission entre la structure psychique du participant et sa réalité. Il est possible d’échanger sur le contenu de l’histoire, mais seulement après que la personne a expliqué ce qu’elle comprend elle-même de son histoire, à quoi elle peut bien correspondre dans sa vie passée, présente ou future. L’exercice a toujours pour but de laisser la personne exprimer le plus possible comment elle voit son image pour parler de son monde intérieur. Loin de la fragiliser, d’après mon expérience, plus souvent qu’autrement la personne prend plaisir à exprimer ses préoccupations en utilisant des images mentales. Par exemple, je vois un loup dans la forêt, il est dans son coin, il a faim. Il ne rencontre pas d’autres loups, il est triste, etc. ou encore la personne commence une histoire rocambolesque et la finit par « Et tout le monde meurt ». Très souvent, c’est le début de la conversation avec l’accompagnateur ou les autres participants, qui pourront lui demander pourquoi le loup est-il seul  ou pourquoi tout le monde meurt dans l’histoire alors que rien ne le présageait. L’ensemble des interactions visent toujours à aider la personne à mieux se connaître ou à mieux communiquer.

Le jeu 55 icônes est un jeu qui se joue préférablement en groupe (idéalement 8 à 15 personnes) mais aussi individuellement. La dynamique qui se forge au gré des histoires racontées est toujours surprenante. Tous les participants sont à l’écoute les uns des autres et sont intéressés de savoir ce que la personne va raconter à partir de l’image qu’elle a choisie. Personne ne se soucie de la fragilité de l’autre, puisque la participation est volontaire et qu’il n’y a pas à évaluer ou à interpréter l’histoire racontée mais seulement à la valoriser comme une façon différente de communiquer. Le jeu 55 icônes n’est pas un test, car il n’a pas l’objectif de mesurer l’état psychologique mais seulement de le traduire en images pour y avoir accès. Il est fascinant de voir que ceux et celles qui décident de parler de leur parcours difficile, de leurs erreurs de jugement ou de leur malaise se font épauler tout naturellement par les autres au moyen de réflexions et de questions qui les aident à comprendre ce qu’elle raconte. Jamais, dans aucune rencontre, il n’y a eu de l’indifférence, de la moquerie ou des confrontations de personnalité. Les images du jeu offrent une très grande marge d’interprétation, ce qui laisse le loisir aux participants de s’exprimer de la façon qu’ils le désirent. L’histoire racontée peut être drôle, bizarre, passionnante, fantasmagorique, poétique ou révélatrice d’une préoccupation, qu’importe, tout est bon et chacun apprécie comment les autres réussissent à « faire une histoire » en utilisant si peu d’information imagée (deux couleurs et une forme archétypale).

Dans un exercice minuté (en entreprise ou en pratique privée), il est préférable de définir un thème dès les premières minutes de jeu (travail, famille, relation, principes de vie, objectifs d’avenir, etc.) Il y a autant de thèmes que de situations à mettre en images et cela permet souvent de diriger les histoires racontées vers un objectif concerté. Mais, même sans thème au préalable, le jeu fonctionne bien car l’histoire racontée du participant suggère toujours un sujet à la base, et ce, autant à l’intérieur d’une animation de groupe qu’en rencontre individuelle avec un coach, un psychologue ou un responsable des ressources humaines.

La recherche d’un équilibre psychique et psychologique commence souvent par un exercice de  connaissance de soi. La fragilité psychologique de celui ou celle qui désire mieux se connaître ne relève pas uniquement du cadre médical ou diagnostique d’un spécialiste en santé. La fragilité dont on parle appartient à la personne qui la vit et ce n’est pas le fait d’en parler en utilisant son imagination qui va l’augmenter. Faciliter le partage de ses images mentales aide assurément à construire son équilibre à bien des niveaux. Tout simplement, le jeu 55 icônes vise à faire découvrir comment notre imagination peut réorganiser notre psyché et faciliter la communication dans le simple fait de s’exprimer grâce à un langage imagé à caractère abstrait capable de symboliser la complexité qui nous habite.

Michel Delage

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À lire :

Soutien psychologique chez des personnes en fragilité sociale dans le cadre d’un examen périodique de santé
http://www.cairn.info/revue-sante-publique-2009-6-page-619.htm

Fragilité psychologique et psychologie du fragile.
http://www.bdsp.ehesp.fr/Base/440743/

Faire travailler son imagination ou jouer avec son monde imaginaire ?

Au Festival26-Faire travailler son imagination 2 Juste pour Rire, en juillet dernier, je proposais de « jouer » avec sa mémoire et son imagination en utilisant le jeu 55 ICÔNES, autant en famille qu’en petit groupes d’amis, en couple qu’en solitaire. Certains adultes m’ont dit, mi sérieux, qu’ils étaient en vacances et qu’il n’était pas question pour eux de « faire travailler » leur mémoire et encore moins leur imagination. La boutade était accompagnée par cette question d’importance capitale à leurs yeux : Y a-t-il quelque chose à gagner ? Est-ce à dire que « jouer » avec son imagination demande un effort tel qu’il peut devenir douloureux, voire pénible, s’il n’y a pas de contrepartie à l’effort ? La motivation ne serait pas au rendez-vous et n’aurait pas de sens en dehors d’un cadre professionnel prédéterminé ? Pourtant, notre monde imaginaire n’a pas ses assises dans un effort physique ou intellectuel défini à l’avance.  Dans la vie de tous les jours, l’imagination humaine carbure aux perceptions de toutes sortes et fonctionne pour rassembler et ordonner les multiples informations que nous enregistrons afin de leur donner rapidement un sens. Et, parfois, nous devons réactualiser dans un contexte particulier ce monde imaginaire lié à notre réalité sociale pour que le sens trouvé soit synchronisé avec les différentes composantes de notre environnement.

En y pensant bien, il y a effectivement quelque chose à gagner en « jouant» avec son monde imaginaire, mais pas nécessairement quelque chose de tangible comme un prix ou un trophée. Faire l’exercice d’aller dans son monde imaginaire est somme toute salutaire et même souhaitable pour avoir une autre vision de la réalité, pour communiquer et pour mieux se connaître. Notre monde imaginaire reste une zone en perpétuel développement qui, à l’exemple de nos rêves, a sa logique propre et redonne du sens à ce qui semble parfois cruellement en manquer.

Faire travailler son imagination est beaucoup plus que démarrer sa machine à réflexion pour faire un feu d’artifices de nouvelles idées et résoudre des problèmes. Faire travailler son imagination est une façon de reconnaître des dimensions qui nous appartiennent, mais qui  dorment dans les oubliettes de notre inconscient, en attente d’être réactivées.  Il se peut qu’il soit plus intéressant de comprendre comment nous développons ce processus imaginatif et de regarder la réalité sous différents angles, ne serait-ce que pour se divertir et prendre plaisir à l’utiliser plus souvent.

L’étymologie du mot « travail » est un déverbal de « travailler », issu du latin populaire « tripallaire », signifiant « tourmenter, torturer avec trepallium ». Au XIIe siècle, le mot désigne aussi un tourment (psychologique) ou une souffrance physique (le travail d’accouchement) Wikipédia.

Pourrait-on dire que faire travailler son imagination serait, pour certains, une source de tourment, pouvant ressembler à une sorte d’accouchement de l’esprit ? Est-ce que sortir ses idées de sa mémoire pour les mettre dans un nouvel ordre serait pénible parce que l’exercice est influencé par les jugements et les critiques des autres ? Pourtant, notre processus imaginatif fonctionne 24 heures sur 24, même à notre insu. Il ne faudrait donc pas considérer que ce processus naturel est une sorte de torture mentale, mais bien qu’il nous aide à augmenter la qualité de notre vision de la réalité. Notre imagination déjà en fonction dans notre tête depuis la première minute de notre naissance est prête à participer au développement de nos valeurs et de nos principes de vie, intégrant nos expériences, nos introspections et l’interprétation de nos perceptions. Mais quand il faut faire travailler son processus imaginatif en faisant dévier la liberté de pensée vers des objectifs trop matérialistes, il se peut que la souffrance s’installe et que le monde imaginaire devienne une zone dangereuse et remplie de mauvaises surprises.

Comme si nous tombions dans un sommeil profond tout en restant éveillé, notre imagination nous propose diverses visions de la réalité pour réinventer l’instant présent et découvrir que notre monde peut être réinterprété en une fraction de seconde. Établir un contact avec notre monde imaginaire, c’est avoir un accès direct avec ce qui peut nous aider à évoluer. Notre développement personnel ne peut se passer de cette zone où tout est possible et où tout peut se réorganiser à la demande.

http://www.55icones.com/services/intervention-dans-les-lieux-publics/

Michel Delage

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